vendredi 4 mai 2012

Economies, énergie, électricité


Il est de bon ton aujourd'hui d'économiser l'énergie afin de préserver la planète. L'énergie la plus propre est celle que l'on ne consomme pas.
On ne peut que souscrire à ce slogan vertueux. Mais il y a différents types d'économie et différents types d'énergie, et il  n'est pas souhaitable de rechercher tous les types d'économies sur tous les types d'énergie.

Différents types d'économie
L'amélioration de l'efficacité énergétique permet d'obtenir le même service en dépensant moins d'énergie. Depuis le premier choc pétrolier (1973), nous nous efforçons d'aller dans ce sens, et nos voitures consomment de moins en moins d'essence au km, nos machines à laver lavent aussi bien (voire mieux), avec moins d'électricité et moins d'eau, etc…

Dans la plupart des domaines les gains d'efficacité énergétique que l'on peut encore espérer sont faibles, peut-être 10 ou 20 % de la consommation actuelle.
Il reste néanmoins un domaine où le gisement d'économie est très important, c'est le chauffage et la production d'eau chaude sanitaire pour le résidentiel et les bureaux. Le problème de ce secteur, et c'est la raison essentielle pour laquelle les gains restent potentiels et non pas effectifs, est que la durée de vie d'un bâtiment est longue : 100 ans en moyenne. S'il est relativement aisé de construire un bâtiment neuf correctement isolé et disposant d'un moyen de chauffage peu énergivore, il est beaucoup plus délicat et coûteux de transformer un logement ancien.
Nous avons en France quelques 2,4 milliards de m2 habitables (hors bureaux), dont les 2/3 méritent une rénovation pour l'amélioration énergétique. Le gain potentiel d'énergie thermique est de l'ordre de 30 millions de TEP (tonnes équivalent pétrole) par an, soit la moitié de nos importations de pétrole et de gaz.
Le coût estimé pour ces rénovations est de 360 milliards d'euros. Il faut environ 20 ans pour amortir ce coût par l'économie d'énergie (à 100 $ le baril de pétrole).
Cela demande un effort, mais c'est non seulement réalisable, mais en plus souhaitable, parce que l'on remplacera des importations de pétrole et gaz par des dépenses locales qui se traduiront en activité et en emplois.

Au-delà de cette amélioration de l'efficacité énergétique, certains souhaitent une "évolution des comportements", une "sobriété", voire une "décroissance".
Appelons un chat un chat : ce type d'économie se traduit par une baisse du pouvoir d'achat et une pénurie. Notons que lors de l'élection présidentielle actuelle, seuls les quelques 2 % d'électeurs qui se sont prononcés pour Eva Joly, ont manifesté une opinion pouvant être interprétée comme allant dans ce sens. Tous les autres, au contraire, défendent leur pouvoir d'achat avec bec et ongles, et c'est tout à fait naturel, et certainement pas déshonorant. C'est simplement une réalité qu'il faut prendre en compte.

Le scénario "Negawatt" (http://www.negawatt.org) est d'ailleurs un exemple tout à fait explicite : dans le but de réduire la consommation énergétique en France (de plus de la moitié), il "fait l'hypothèse", par exemple, que la surface habitable par personne se stabilisera à la valeur 2010 (40 m2 par personne), ce qui va à l'encontre d'une tendance pluri-décennale à l'augmentation de la surface habitée. Il faudra donc interdire les divorces (2 personnes seules occupent plus de surface qu'un couple), virer les vieux de chez eux lorsque leurs enfants quittent le domicile parental, et exproprier les riches de leurs villas spacieuses pour répondre à l'envie légitime des pauvres d'occuper un logement décent.

L'amélioration de l'efficacité énergétique dans nos pays riches a permis de stabiliser la consommation d'énergie, malgré un pouvoir d'achat en hausse. A puissance égale nos voitures consomment moins de carburant par km, mais elles deviennent plus spacieuses, plus confortables, nous en avons plus et nous parcourons plus de km avec. C'est le même phénomène pour les avions, les machines à laver, et tous les objets de la vie quotidienne. Sans parler des nouveaux objets qui apparaissent au fil des ans et deviennent indispensables : ordinateurs (oui, je sais, je ne suis plus tout jeune…), téléphones portables,…
Dans les pays pauvres, les besoins de croissance, tout à fait légitimes, sont tels que l'amélioration de l'efficacité énergétique ne permettra même pas de contenir l'augmentation inéluctable de la consommation d'énergie.

Différents types d'énergie
Lorsqu'enfin nous nous sommes rendu compte que le réchauffement climatique menace notre civilisation, nous avons décidé qu'il fallait économiser l'énergie parce que sa consommation est la principale source de gaz à effet de serre.
Et pour une raison qui me reste mystérieuse, nous avons assimilé énergie et électricité, et avons focalisé nos efforts sur l'économie d'électricité. Je cite en exemple le 1er Grenelle de l'Environnement qui interdit l'utilisation d'ampoules à incandescence pour l'éclairage.
Et peu de monde a remarqué qu'en France l'électricité est produite sans émission de gaz à effet de serre (aujourd'hui à 90 % ; cette proportion se montait même à 95 % autour de l'an 2000, avant l'installation d'éoliennes et de panneaux photovoltaïques…).

Si l'on veut lutter contre le réchauffement climatique, il faut économiser les énergies carbonées (charbon, gaz et pétrole). La Palisse ne dirait pas mieux. Et l'électricité, je le répète parce qu'on l'oublie, n'est pas une énergie carbonée, au moins pas en France.

Une manière particulièrement efficace de réduire notre consommation d'énergie carbonée consiste à remplacer l'énergie carbonée par de l'électricité. Remplacer par exemple une chaudière au gaz par une pompe à chaleur, ou, à défaut, par une chaudière électrique. Ou bien remplacer nos voitures à essence par des voitures électriques.
Nous l'avons vu plus haut à propos du chauffage des logements, l'effort financier pour l'amélioration de l'efficacité énergétique est important : dans ces temps de crise, il convient de dépenser les ressources, financières ou autres, de la manière la plus efficace possible, c'est-à-dire chercher à obtenir le maximum de réduction d'émission de CO2 par euro dépensé. Il arrive un moment où l'amélioration de l'efficacité énergétique devient si difficile et si coûteuse qu'il vaut mieux remplacer la source d'énergie, pour consommer de l'électricité au lieu de gaz.

Tous les usages du pétrole et du gaz ne sont pas remplaçables, pour des raisons techniques et/ou économiques. Par exemples, la voiture électrique est loin d'atteindre l'autonomie d'une voiture à essence. Et l'avion électrique (transportant des passagers) est un rêve. Mais beaucoup d'usages sont remplaçables.

En conclusion, si l'on veut réellement lutter contre l'effet de serre, il faut limiter l'usage des énergies carbonées, soit par une meilleure efficacité énergétique, soit par un remplacement de celles-ci par de l'électricité, en choisissant à chaque fois la solution la plus efficace. Chercher à réduire la consommation d'électricité sans discernement peut se révéler contreproductif. Il faut au contraire envisager une augmentation de la consommation d'électricité, comme conséquence de la diminution de la consommation de pétrole.

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